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Les Confitures

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Le jour que nous reçûmes la visite de l’économiste, nous faisions justement nos confitures de cassis, de groseille et de framboise.

L’économiste, aussitôt, commença de m’expliquer avec toutes sortes de mots, de chiffres et de formules, que nous avions le plus grand tort de faire nos confitures nous-mêmes, que c’était une coutume du moyen-âge, que, vu le prix du sucre, du feu, des pots et surtout de notre temps, nous avions tout avantage à manger les bonnes conserves qui nous viennent des usines, que la question semblait tranchée, que, bientôt, personne au monde ne commettrait plus jamais pareille faute économique.

– Attendez, monsieur ! m’écriai-je. Le marchand me vendra-t-il ce que je tiens pour le meilleur et le principal ?

– Quoi donc ? Fit l’économiste.

- Mais l’odeur, monsieur, l’odeur ! Respirez : la maison toute entière est embaumée. Comme le monde serait triste sans l’odeur des confitures ! L’économiste, à ces mots, ouvrit des yeux d’herbivore. Je commençais de m’enflammer.

– Ici, monsieur, lui dis-je, nous faisons nos confitures uniquement pour le parfum. Le reste n’a pas d’importance. Quand les confitures sont faites, eh bien ! Monsieur, nous les jetons.

J’ai dit cela dans un grand mouvement lyrique et pour éblouir le savant. Ce n’est pas tout à fait vrai. Nous mangeons nos confitures, en souvenir de leur parfum.

GEORGES DUHAMEL, (Fables de mon Jardin Mercure de France, Paris, 1936)

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